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Entretien avec le Pr Jean-Michel Gaspoz, membre du comité stratégique et scientifique de Colnec Health

Le Professeur Jean-Michel Gaspoz occupe actuellement le poste de professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève ; il est directeur du Département hospitalier de Médecine communautaire, de premier recours et des urgences, et du Département facultaire de Santé et Médecine Communautaires. J-M Gaspoz co-préside la Société Suisse de Médecine Interne Générale et est également président de l’association « Smarter Medicine – Choosing wisely Switzerland ». Il fait aujourd’hui partie du comité stratégique et scientifique de Colnec Health et témoigne de son expérience de la télémédecine. 

  • Pouvez-vous nous donner votre définition de la télémédecine ?

Pr J-M Gaspoz : La télémédecine est, pour moi, disposée en plusieurs volets. D’abord il y a le volet qui ne concerne que les médecins, c’est pouvoir partager de la technologie. Typiquement, nous pouvons réaliser un examen radiologique sur un site et transmettre les images par télémédecine sur un autre site. Tout cela peut être associé à une téléconférence durant laquelle le spécialiste commenterait les images, c’est quelque chose d’assez courant.

Il y a aussi la télémédecine en relation avec le patient. Le patient lui-même gère une série de paramètres (poids, glycémie, mesure de la tension artérielle, prise de médicaments…) qu’il communique ultérieurement à son médecin, de plusieurs manières ; il remplit un dossier partagé associé à des alertes envoyés au médecin. Il peut également correspondre avec son médecin et lui transmettre par écrit ou par téléphone ces informations, chacun a alors devant lui les données et le médecin les commente.

  • Quels sont, pour vous, aujourd’hui, les vrais enjeux de la télémédecine et qu’est-ce qu’elle peut apporter aux médecins et à leurs patients ?

Pr J-M Gaspoz : Au quotidien pour un médecin c’est le fait d’effectuer un examen sur son site et d’envoyer les images à des cabinets périphériques par exemple. Il y a un gain de compétences car le médecin qui pratique l’examen n’a pas forcément toutes les compétences requises pour lire une radiologie par exemple. Ça marche aussi à l’inverse, un spécialiste peut pratiquer un examen et envoyer les résultats directement au médecin qui peut les regarder avec les commentaires. C’est un bénéfice pour le médecin mais aussi pour le patient car le patient au fond bénéficie d’une prestation qui ne lui impose pas de faire la « tournée » de tous les acteurs…

L’autre aspect, c’est que le patient a des consignes très claires venant de son médecin grâce à la télémédecine. Il y a un suivi très rapproché mais à distance, c’est là le paradoxe, et puis il sait que son médecin va examiner les données transmises et qu’il aura un feedback sur ces points. Pour le médecin c’est aussi très précieux parce qu’il a un contrôle de ce qui se passe chez son patient autrement qu’en répétant les consultations à son cabinet.

  • Utilisez-vous la télémédecine ? Si oui, pouvez-vous nous parler de votre expérience ?

Pr J-M Gaspoz : Dans le centre dans lequel je travaille, la télémédecine est couramment pratiquée avec des centres situés en Afrique noire. Des examens sont effectués là-bas et nous réalisons la lecture dans notre centre via des téléconférences. Pour l’instant nous n’avons pas encore de dossier partagé comme l’a prévu Colnec mais c’est en projet.

  • En tant que Président de la société Suisse de médecine interne générale, n’avez-vous pas eu écho de certaines craintes ou freins vis-à-vis de la télémédecine ?

Pr J-M Gaspoz : D’abord il y toute une génération de médecins qui n’est pas très à l’aise avec les emails et encore moins à l’aise avec la télémédecine. Il y a donc la crainte des nouvelles technologies pour les médecins en fin de carrière. Même pour les médecins un peu plus jeunes disons, il y a aussi la crainte d’être envahie par leurs patients, ils préfèrent donc restreindre les contacts. En revanche, la nouvelle génération de médecins est très intéressée par la télémédecine, et ils acceptent très volontiers d’interagir avec leurs patients par le biais des nouvelles technologies que ce soit sur Facebook, les emails ou même des dispositifs comme Colnec.

  • Vous faites partie du comité scientifique de la start-up Colnec Health, qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre cette équipe ?

Pr J-M Gaspoz : J’ai toujours été intéressé par les nouvelles technologies, par les nouvelles manières de pratiquer la médecine et de faire le lien avec les patients. J’ai également poussé et financé, ici à Genève, le développement du dossier médical informatisé ambulatoire dans les HUG, nous étions pionniers. J’ai également participé à un autre projet pionnier qui permet aux étudiants de prendre eux-mêmes leurs rendez-vous dans nos agendas à distance, par internet. J’ai aussi participé à l’élaboration d’un système de contact avec les patients qui permet de leur rappeler leur rendez-vous par email. J’ai toujours été friand de ce genre de choses.

Ce qui m’a beaucoup intéressé chez Colnec c’est ce contact avec les patients. J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’être témoin ne serait-ce que de la communication par email entre patient et médecin et j’y ai d’abord trouvé un véritable intérêt personnel. Je corresponds beaucoup avec mes patients par emails mais aussi par SMS et j’aimerais beaucoup utiliser l’application Colnec à terme en routine.

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